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Alexeï Navalny entame une grève de la faim pour protester contre l’absence d’accès à des soins

M. Navalny a été condamné à deux ans et demi de prison dans le cadre d’une affaire de fraude datant de 2014. Une condamnation que lui-même, les ONG et de nombreuses capitales occidentales jugent politiquement motivée.

Incarcéré dans une colonie pénitentiaire, l’opposant russe Alexeï Navalny a annoncé, mercredi 31 mars, avoir entamé une grève de la faim, pour protester contre l’absence d’accès à des soins et la « torture » qu’il subit par privation de sommeil.

Infatigable militant luttant contre la corruption et principal détracteur du Kremlin, M. Navalny a dénoncé à plusieurs reprises au cours des dernières semaines ses conditions de détention dans le camp de Pokrov, situé à une centaine de kilomètres à l’est de Moscou, réputé comme l’un des plus durs de Russie.

« Je déclare une grève de la faim pour demander l’application de la loi et pour qu’on laisse un médecin venir me voir », écrit sur son compte Instagram M. Navalny. « Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? J’ai le droit de faire venir un docteur et de recevoir des médicaments. On ne me donne bêtement ni l’un ni l’autre », explique-t-il, disant souffrir de douleurs au dos et aux jambes.

Privation de sommeil

Selon l’opposant de 44 ans, l’administration pénitentiaire refuse de le laisser consulter un médecin, de lui fournir des médicaments et le « torture » par privation de sommeil en le réveillant « huit fois par nuit ». « Le mal de dos s’est déplacé vers la jambe. Des zones de ma jambe droite et maintenant de ma jambe gauche ont perdu leur sensibilité. Blagues à part, c’est ennuyeux », M. Navalny, qui dit passer son temps allongé sur son lit.

Selon lui, l’administration refuse également de lui donner des livres à part la Bible et aurait fait en sorte que les autres détenus « ne nettoient pas autour » de son lit. « Ils disent simplement : “[Alexeï], je suis désolé, mais nous avons simplement peur. […] La vie d’un prisonnier vaut moins qu’un paquet de cigarettes », écrit-il.

Lundi, Alexeï Navalny a également affirmé avoir reçu plusieurs avertissements depuis son incarcération, ce qui l’expose à un possible placement en cellule disciplinaire. Il avait qualifié la colonie de Pokrov de « camp de concentration » et comparé son quotidien à celui d’un « Stormtrooper » dans le « remake russe de la Guerre des étoiles » en raison de la rude discipline en place.

Lire aussi Emprisonné, Alexeï Navalny affirme être victime de torture « par privation de sommeil »

Sa santé se détériore

Ce féroce critique du Kremlin a affirmé la semaine dernière que sa santé se détériorait, qu’il souffrait d’un nerf coincé dans le dos et risquait de perdre sa jambe droite par manque de soins. « J’ai très mal au dos, sans pouvoir me plier ni me redresser », écrivait le 26 mars M. Navalny, qui dit n’avoir reçu qu’une seule fois quelques cachets d’ibuprofène, un médicament anti-inflammatoire.

Alexeï Navalny avait été victime, en août 2020, d’un empoisonnement au Novitchok – agent innervant développé à l’époque soviétique à des fins militaires – qui l’avait plongé dans le coma pendant trois semaines. Il en impute la responsabilité au Kremlin, qui dément toute implication. Il était revenu à Moscou en janvier après avoir passé cinq mois en convalescence en Allemagne, et avait été immédiatement interpellé et incarcéré.

M. Navalny a ensuite été condamné à deux ans et demi de prison dans le cadre d’une affaire de fraude datant de 2014. Une condamnation que lui-même, les ONG et de nombreuses capitales occidentales jugent politiquement motivée. Il a été également visé par de multiples autres procédures judiciaires.

La semaine dernière, ses proches ont dit craindre pour sa santé. Les services pénitentiaires ont, quant à eux, assuré qu’il se trouvait dans un état « satisfaisant ».

Son avocate, Olga Mikhaïlova, avait notamment estimé que les problèmes de santé actuels de l’opposant pouvaient être liés à son empoisonnement à l’été dernier et estimé que sa vie était menacée.

M. Navalny, au-delà de son état de santé, a révélé faire constamment l’objet de rapports disciplinaires dans la colonie de Pokrov, pour s’être « levé de son lit dix minutes » trop tôt ou encore pour un « refus de participer » aux exercices physiques matinaux obligatoires.

Son épouse, Ioulia Navalnaïa, a dénoncé une « vengeance personnelle » du Kremlin, accusant Vladimir Poutine d’avoir incarcéré son mari par « crainte d’une concurrence politique ».

Lire aussi : Une enquête journalistique accuse les services russes de sécurité de l’empoisonnement d’Alexeï Navalny

Notre sélection d’articles sur l’affaire Alexeï Navalny

Le Monde avec AFP et Reuters

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