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Alain Damasio : « On ne retrouvera l’envie de vivre qu’en renouant les liens au vivant »

Par Claire Legros

Publié le 04 juin 2021 à 06h00, mis à jour à 14h35

Du plus politique des auteurs de science-fiction français, on connaît le puissant imaginaire et la critique ardente des technologies addictives et de la société de contrôle. Son dernier ouvrage, Scarlett et Novak (Rageot, 64 pages, 4,90 euros), interpelle les adolescents sur les risques mortifères de l’addiction au smartphone. On sait moins qu’Alain Damasio, inlassable arpenteur de garrigues et de montagnes, s’essaye à reconnaître, ou plutôt à « éprouver », le vol du milan royal et du circaète Jean-le-blanc.

L’auteur de La Zone du dehors (CyLibris 1999 ; La Volte, 2007), de La Horde du contrevent (La Volte, 2004) et des Furtifs (2019) nous reçoit dans son appartement marseillais, en bordure du parc des calanques, la Méditerranée à l’horizon. Mais ses rêves sont ailleurs, sur un bout d’alpage où il nourrit le projet de construire, avec d’autres, un lieu « où expérimenter ce monde dans lequel on aurait envie de vivre ».

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Pour l’auteur de dystopies souvent inspirées du réel, il ne fait plus aucun doute que dans un monde aux ressources limitées, le récit d’un progrès porté par l’innovation technologique et la croissance économique a déjà tourné court.

L’écrivain, dont la conscience politique s’est forgée à la lecture de Nietzsche (1844-1900) et Deleuze (1925-1995), cite désormais avec le même enthousiasme les ouvrages d’écologie politique de Bruno Latour, le philosophe naturaliste Baptiste Morizot, ou les travaux de la juriste Sarah Vanuxem sur le concept de « communs fonciers ».

Un nouveau récit reste à inventer mais lequel ? Pour Damasio, il passe par l’esquisse d’un art de vivre avec une technologie « conviviale » et émancipatrice, le patient retissage des liens « à soi-même, aux autres et aux autres espèces », et la défense d’un droit à expérimenter, au sein de « zones autogouvernées » (ZAG), d’autres règles sociales, politiques et environnementales.

En mai 2020, vous aviez cosigné un appel à dire « non à un retour à la normale », publié dans « Le Monde ». Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui, alors que la vie commence à reprendre son cours ?

On vit depuis un an et demi une expérience vitale et douloureuse, qui pourrait relever de la science-fiction, dans son essence, à savoir réaliser ce qui n’était au départ qu’un concept, une potentialité. Avec le Covid-19, la possibilité abstraite d’un confinement individuel à l’échelle de quatre milliards de personnes est devenue réelle : on s’est retrouvé cobayes dans un laboratoire anthropologique mondial !

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