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Agnès Callamard : « Le contre-terrorisme affaiblit le droit humanitaire »

Agnès Callamard, aux Nations unies, à Genève, le 25 juin 2019.

Après cinq années au poste de rapporteuse du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, la Française Agnès Callamard quitte ses fonctions pour rejoindre Amnesty International, dont elle doit devenir la secrétaire générale la semaine prochaine.

Quel bilan tirez-vous, au moment où vous quittez votre poste ?

Les assassinats ciblant des dissidents, comme Jamal Khashoggi [journaliste et opposant saoudien tué au consulat saoudien d’Istanbul, le 2 octobre 2018], sont en augmentation. Nous traversons une période qui s’apparente à la guerre froide. Le contrôle de l’information est redevenu important. Alors que pendant ces vingt dernières années, les Etats répressifs avaient tendance à expulser leurs opposants, on revient à l’ère soviétique : on les garde à l’intérieur et s’ils partent, on les tue.

Les Etats qui exécutent hors de leurs frontières sont l’Iran, le Burundi, l’Arabie saoudite et la Russie, qui est à l’avant-garde. La Turquie et l’Egypte en font aussi partie, mais elles ont plus tendance à kidnapper ou à forcer les retours. Personne n’est à l’abri. Même en France, un journaliste azerbaïdjanais s’est récemment fait tabasser de façon très brutale à Nantes par des individus probablement liés au pouvoir.

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Il est important que les Etats où ces dissidents trouvent refuge renforcent leur protection. Il faut améliorer le cadre juridique, notamment en matière de surveillance ciblée. Cet espionnage est souvent le signe avant-coureur d’un enlèvement, d’une exécution ou d’une disparition. Il est mis en œuvre avec des technologies occidentales et israéliennes sans aucun cadre légal pour encadrer leur exportation, comme c’est le cas pour les armes.

Quels dossiers ont été les plus difficiles ? Avez-vous reçu des menaces ?

Mon travail sur les Philippines m’a beaucoup touchée. C’est une guerre contre les pauvres qui y a été menée, une forme de nettoyage social qui s’est ensuite étendue à d’autres secteurs de la société : les avocats, les activistes, tous ceux qualifiés par le gouvernement de communistes, voire de terroristes. En octobre 2020, le Conseil des droits de l’homme a adopté une résolution inoffensive, alors qu’il aurait fallu une commission d’enquête internationale.

« Il faut continuer de dénoncer l’absence de sanctions contre le prince Mohammed Ben Salman. Cette indifférence gangrène le fragile Etat de droit international »

Les Etats, européens en particulier, n’ont pas eu le courage d’agir. C’était une claque donnée aux victimes. D’autant que le gouvernement et ses supporteurs s’attaquent violemment à ceux qui dénoncent ces violences aux Philippines : ils sont menacés, parfois emprisonnés ou tués. Quant à moi, j’ai souvent été attaquée sur les réseaux sociaux. Le président Duterte a menacé de me gifler. Lors d’un séjour aux Philippines, j’ai dû me cacher, car les menaces se faisaient trop insistantes. Des collègues de l’ONU ont été interrogés pour savoir où j’étais. En fait, j’avais déjà quitté le pays.

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