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« Affaire Olivier Duhamel » : Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po Paris, démissionne de son poste

Frédéric Mion, le directeur de Sciences Po Paris, le 11 janvier 2018 à Paris.

Il avait failli démissionner le 6 janvier au plus fort de l’affaire Duhamel, il a fini par le faire un mois plus tard : peu après 20 heures, mardi 9 février, Frédéric Mion a annoncé qu’il quittait la direction de Sciences Po Paris. Il en a auparavant informé le conseil de direction de Sciences Po ainsi que celui de la Fondation Nationale de Sciences Politiques (FNSP), qui finance l’institution.

« Notre maison traverse depuis la révélation des faits criminels reprochés une période très douloureuse. Le rapport pointe (…) de ma part des erreurs de jugement dans le traitement des allégations dont j’avais eu communication en 2018, ainsi que des incohérences dans la manière dont je me suis exprimé sur le déroulement de cette affaire après qu’elle a éclaté. Je mesure le trouble qui en résulte et j’en assume l’entière responsabilité », explique M. Mion dans un communiqué.

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Cette démission est le dernier rebondissement d’un scandale né début janvier, lorsque Camille Kouchner a accusé d’inceste son beau-père, le constitutionaliste Olivier Duhamel, président de la FNSP. C’est un coup dur pour l’école française du pouvoir, mais aussi pour le Conseil d’Etat, dont Sciences Po est depuis toujours l’une des places fortes. Frédéric Mion est membre de ce grand corps qui défend les citoyens contre les décisions illégales de l’administration et dit le droit, tout comme son ami, Marc Guillaume, qui se retrouve lui aussi impliqué.

Départ en catastrophe

Ce départ en catastrophe intervient en effet après que Marianne et Le Canard enchaîné ont révélé, mardi 9 février, que le préfet d’Ile-de-France avait bien été averti de « rumeurs sur des problèmes sexuels » d’Olivier Duhamel par M. Mion lui-même, dès 2018. Or, le 6 janvier, M. Mion avait assuré au Monde qu’il n’avait jamais évoqué ces accusations devant celui qui était alors l’omnipotent secrétaire général du gouvernement à Matignon, et l’un des membres du conseil d’administration de la FNSP. « Je ne suis pas allé parler de cette histoire à Marc Guillaume, nous avait alors dit M. Mion. Pourquoi l’aurais-je fait ? Un secrétaire général du gouvernement n’est pas chargé de la prévention de crimes sexuels. » Un mensonge, donc.

Ce n’est pas le premier. Le 6 janvier, M. Mion avait d’abord affirmé ne pas avoir été au courant des accusations d’inceste pesant sur Olivier Duhamel. « Je suis sous le choc », avait-il réagi auprès de l’AFP au lendemain de la parution de La Familia grande. Or, il avait déjà été alerté par une de ses enseignantes, Aurélie Filippetti. L’ancienne ministre socialiste de la culture a en effet raconté au Monde qu’au printemps 2018 elle avait invité le directeur de Sciences Po à déjeuner. Elle lui avait alors rapporté deux témoignages de poids : celui de Véronique Cayla, alors présidente d’Arte, et de Janine Mossuz-Lavau, professeur émérite à Sciences Po, une amie des Duhamel. « Je ne peux pas ne rien faire. Je vais avertir Marc Guillaume », l’avait rassurée M. Mion.

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Devant l’émoi suscité chez les étudiants par ces révélations, M. Mion s’était défendu : « Je n’ai à aucun moment contribué à l’édification du silence. » Une pétition réclamant sa démission circule néanmoins, signée par un millier d’étudiants. Mi-janvier, la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, reçoit le directeur de Sciences Po. Puis finit par déclencher une inspection générale de l’Education, du Sport et de la Recherche (OGSER). C’est devant devant les quatre inspecteurs, deux hommes et deux femmes, chargés d’établir la chronologie et les méandres de « l’affaire Duhamel », que Marc Guillaume, désormais préfet d’Ile-de-France, a fini par reconnaître qu’il avait bien été mis au courant, par M. Mion lui-même, puis par un membre du Siècle, un club de l’élite parisienne, un an plus tard, de « problèmes sexuels » concernant Duhamel. « Mais pas d’inceste », a-t-il nuancé.

Interrogé le 6 janvier par Le Monde, Marc Guillaume avait refusé d’infirmer ou de confirmer que M. Mion l’avait averti des mises en garde de Mme Filippetti. M. Mion, lui, avait assuré être allé trouver le pénaliste Jean Veil. L’avocat, ami intime d’Olivier Duhamel, a expliqué qu’il était au courant de l’inceste commis sur « Victor » Kouchner depuis dix ans au moins : l’actrice Marie-France Pisier, tante de la victime, était venue dénoncer le constitutitonnaliste.

Frédéric Mion ne serait pas allé trouver Olivier Duhamel, n’a pas cherché à interroger Janine Mossuz-Lavau, qu’il fréquente pourtant à l’école. Pas davantage Alexandre Kouchner, le fils de Bernard Kouchner et de Christine Ockrent, demi-frère de la victime, qui enseigne la rhétorique au sein de Sciences Po. Pire : le 4 janvier en fin d’après-midi, peu après la mise en ligne de l’article du Monde révélant les accusations d’inceste portées par Camille Kouchner sur son beau-père, M. Mion a téléphoné à Aurélie Filippetti pour lui lancer : « Il ne faudrait pas que l’on puisse penser que nous savions. »

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