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Affaire Duhamel : le préfet Marc Guillaume quitte ses fonctions à Sciences Po, à « Pouvoirs » et au Siècle

Le préfet d’Ile-de-France, Marc Guillaume, en octobre 2020 à Paris.

Le conseiller d’Etat Marc Guillaume, ancien secrétaire général du gouvernement et actuel préfet d’Ile-de-France, a annoncé, mercredi 13 janvier, sa démission de tous les conseils d’administration où il siégeait avec Olivier Duhamel : Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), revue Pouvoirs, qu’il a longtemps codirigée avec le politologue, et club Le Siècle. « Fréquentant Olivier Duhamel depuis des années, je me sens trahi et condamne absolument ces actes », a indiqué Marc Guillaume dans un bref communiqué.

Joint au téléphone mercredi 6 janvier par Le Monde, M. Guillaume, 56 ans, nous avait déclaré qu’il « n’était pas au courant des accusations d’inceste portées contre Olivier Duhamel et telles que rapportées par Camille Kouchner ». Dans son livre La Familia grande (Ed. Seuil), publié jeudi 7 janvier et déjà vendu en cinq jours à plus de 21 300 exemplaires, selon l’indicateur GfK, cette juriste de 45 ans dénonce les agressions incestueuses imposées par son beau-père, Olivier Duhamel, à son frère jumeau pendant plusieurs années, alors que le jeune garçon avait 13 ou 14 ans.

Lire l’enquête : Olivier Duhamel, l’inceste et les enfants du silence

Lors de cet entretien, Marc Guillaume avait refusé de nous indiquer s’il avait été alerté de ces faits début 2018. A cette époque, le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, avait été solennellement informé de ces faits par l’ancienne ministre socialiste de la culture Aurélie Filippetti – ce qu’il a reconnu au Monde le 6 janvier.

Mme Filippetti tenait ses informations d’une des plus proches amies d’Olivier Duhamel, Janine Mossuz-Lavau, aujourd’hui directrice de recherche émérite au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), et mise au courant dès le début des années 2010. « Je vais avertir Marc Guillaume », avait alors lancé M. Mion, selon Mme Filippetti.

Respecté et redouté

« Imperator », « Léviathan », « premier ministre bis », « M. Non », « grand chambellan »… C’est ainsi que l’on surnommait Marc Guillaume. Grand connaisseur des arcanes de l’Etat, présidant pendant des années les comités de sélection des directeurs d’administration, cet inconnu du grand public faisait figure de parrain de la haute fonction publique, à la fois « faiseur de rois » et « coupeur de têtes », comme le racontait Le Monde.

Détesté pour son arrogance et sa brutalité, il était respecté pour sa science du droit, mais aussi redouté. Censé contrôler la validité juridique des réformes du gouvernement, on lui reprochait de juger trop souvent de leur opportunité politique et de freiner le changement.

Visé dans une note dénonçant « les comportements sexistes »

Le 6 août 2020, Marc Guillaume avait été placé une première fois sous le feu des projecteurs. Le Monde avait révélé que deux ans plus tôt, dans une omerta totale, les conseillères de l’Elysée au grand complet avaient dénoncé dans une note de deux pages « les comportements sexistes au plus haut niveau de l’Etat », dans laquelle il était visé au premier chef. Blagues misogynes, mise à l’écart des femmes, humiliations publiques, les exemples étaient si nombreux que le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, et son adjointe, Anne de Bayser, avaient été obligés de faire état de la protestation des « conseillères » à Matignon.

En juillet 2020, au moment de changer de premier ministre, plusieurs visiteurs du soir vinrent expliquer à Emmanuel Macron que Matignon comptait en vérité « trois têtes » : Edouard Philippe, mais aussi son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas, et le secrétaire général du gouvernement, Marc Guillaume. Autrement dit, qu’il fallait « les couper ensemble ».

Fait rare sous la Ve République, Marc Guillaume a quitté ses fonctions avec Edouard Philippe. Il a été nommé en juillet 2020 préfet d’Ile-de-France et de Paris, son poste actuel, où il continue de distiller en haut lieu sa fine connaissance des rouages de l’Etat et où il continue de rêver à son Graal : la vice-présidence du Conseil d’Etat.

Lire le portrait de 2020 : Marc Guillaume, la disgrâce du « grand chambellan »
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