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Achat de votes à Corbeil-Essonnes : Jean-Pierre Bechter, l’ancien maire LR et ex-bras droit de Serge Dassault, condamné à deux ans de prison ferme

Serge Dassault (à gauche) et Jean-Pierre Bechter (à droite), en mars 2014 durant un meeting de campagne à Corbeil-Essonnes.

Jean-Pierre Bechter, ancien maire LR de Corbeil-Essonnes et ex-bras droit de Serge Dassault, a été condamné, jeudi 17 décembre à Paris, à deux ans de prison ferme pour achat de votes et financement illégal de campagne électorale lors des élections municipales partielles de 2009 et 2010.

Le tribunal correctionnel a aussi condamné deux ex-adjoints à la mairie ainsi que trois hommes considérés comme des intermédiaires du système de corruption électorale à des peines allant de un à deux ans de prison. Tous les prévenus sont par ailleurs condamnés à 5 ans d’inéligibilité.

« Dons d’argent » suspects

Ce sont les proches de Serge Dassault, mort avant la fin de l’instruction, qui ont comparu. Au premier chef, Jean-Pierre Bechter, 76 ans, maire de Corbeil-Essonnes jusqu’en juin – il a alors été battu par la gauche. En 2009, Serge Dassault, édile depuis 1995, avait dû passer la main à M. Bechter après l’annulation de sa réélection l’année précédente à cause de « dons d’argent » suspects.

M. Bechter avait remporté une première élection partielle mais elle avait été à nouveau invalidée car le nom de Dassault apparaissait sur ses bulletins. Il a finalement gagné la mairie en décembre 2010.

Cinq autres personnes étaient jugées : deux ex-adjoints, Jacques Lebigre (79 ans) et Christelle de Oliveira (42 ans), ainsi que trois intermédiaires présumés, Younès Bounouara (48 ans), Machiré Gassama (43 ans) et Mounir Labidi (36 ans), seul absent au procès.

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Dons d’argent, des promesses de logement ou d’emploi

Les six prévenus, qui ont contesté les faits, étaient soupçonnés d’avoir participé, à différents niveaux, à un système de corruption électorale pyramidal lors des élections municipales de 2009 et 2010, consistant à recruter des équipes dans les quartiers afin de convaincre les habitants d’aller voter pour le camp Dassault.

En échange : des dons d’argent, des promesses de logement ou d’emploi, le financement d’une formation ou d’un permis… Et une rémunération pour les « rabatteurs », selon l’accusation. Le tout alimenté par la fortune colossale de Serge Dassault et dans le but de conserver cette ville de quelque 50 000 habitants située au sud de la capitale.

Ce système présumé passait, selon l’accusation, par la distribution de chèques et d’enveloppes d’argent liquide, par des prêts jamais remboursés, le financement d’associations fictives ou encore par des virements de centaines de milliers d’euros entre des comptes à l’étranger.

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Une affaire « exceptionnelle »

A l’audience, le représentant du parquet national financier (PNF) Patrice Amar avait évoqué une affaire « exceptionnelle » : « On n’a jamais vu en France une ville livrée à un tel degré de corruption et de décomposition civique », avait-il affirmé.

Chiffrant à 16,5 millions d’euros les montants pouvant être assimilés à des dépenses électorales pour les scrutins de 2009 et 2010, il avait d’abord requis symboliquement, à la surprise du tribunal, 5 ans de prison « à titre posthume » contre Serge Dassault. Mis en examen en 2014, l’industriel avait reconnu des « dons » tout en niant tout lien avec les élections, se disant victime d’extorsion.

« Nous n’avons pas acheté de voix », avait juré Jacques Lebigre, affirmant que Serge Dassault « soute[nait] des gens en difficulté » et qu’il avait ensuite été « sollicité par des voyous ». « Ça n’existe pas », avait abondé Younès Bounouara, qui purge une peine de prison pour une tentative d’assassinat liée à ces soupçons d’achat de votes. La défense avait plaidé la relaxe, dénonçant un dossier basé sur des « rumeurs » et « vide » de preuves.

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Le Monde avec AFP

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